05 mars 2007

Dolorosa - "De mutation en mutation" (2006/France)

ZEUHL POP
medium_de-mutation.jpgAprès un excellent mini-album autoproduit en 2004, le groupe revient avec une galette de douze titres qui sonnent comme les douze coups de l’horloge avant que la nuit ne nous aspire vers l’entre-deux mondes. « Dolorosa, c’est le chemin de croix quotidien pour trouver un peu de lumière dans les ténèbres. Obscurité d’un monde en proie au cynisme et à l’inhumanité qui projette son ombre au plus profond des êtres et des âmes » (Nicolas Roger). Un vrai programme qui en langue musicale se traduit par un groove païen, sombre et hypnotique. Un peu dérouté au début par l’originalité et le dépouillement de l’ensemble, on prend néanmoins rapidement ses repaires pour découvrir, ravis, les grandes qualités de l’ensemble : la belle voix de Vincenzo, ni chanteur, ni conteur, mais un peu des deux ; les riffs tordus ; les ambiances en clair-obscur…Si Vincenzo revendique l’influence de groupes qui ont marqué l’histoire du mouvement progressif comme Van Der Graaf Generator, King Crimson mais surtout — les plus évidents à l’écoute — Magma et Can, son propre fricot donne dans un autre genre, un genre qui n’existait pas encore. On peut appeler ça aussi un style. C’est une sorte de zeuhl qui cultive une inédite symétrie entre «la nouvelle scène française» et un pop/rock contenu mais vicelard, capable d’exciter les oreilles les plus curieuses.
Laissez vous emporter par la pulsion, Dolorosa finira immanquablement par dompter un petit bout de votre cerveau. Sauf qu’eux n’ont rien à vous vendre de plus blanc que blanc mais, comme la meilleure psyché, à vous attirer vers un étrange voyage entre Montmartre et Kobaïa, via Teutonie.
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Les + : UN VRAI STYLE
Les - : PAS GRAND CHOSE
Styles : POP, ZEUHL, UN PEU KRAUT-ROCK
Groupes approchants : PEUT-ËTRE KAT ONOMA…

17 décembre 2006

Les différents styles dans le rock progressif

Franchement, impossible de mettre tout le monde d’accord sur la définition d’un style. Mais vous trouverez ici de quoi vous faire une idée, même vague, de la diversité — et donc de sa richesse — de ce mouvement et de son infuence, souvent insoupçonnée.

 

L’Art Rock
C’est un des premiers noms donné au progressif. Utilisé encore aujourd’hui, sa définition a beaucoup varié dans le temps au point d’en être devenu très approximative.
Personnellement, je l’utilise pour qualifier les groupes qui ont plus un pied plus dans le genre pop/rock (utilisation de la structure couplet/refrain et primauté du chant) que dans le progressif, mais qui n’ont pas hésité à inclure dans leur musique des éléments qui les rapprochent du mouvement progressif (complexités des parties instrumentales, influences classiques, etc.).
Groupes : Rush, Supertramp, Spring, Talk Talk, Peter Gabriel…

Le Canterbury
Ce style, hérité des triturages psychédéliques de la fin des années soixante, a pour origine la ville de Canterbury en Angleterre. En gros, on peut dire que ce qui caractérise le Canterbury, c’est la fusion réussie entre éléments venant d’un jazz typiquement britannique et ceux de la pop et du rock. L’emprise des claviers est également un ingrédiant important du Canterbury.
Stricto sensu, ce genre est mort, mais la musique inventée par ces groupes fut assez originale et possède des éléments suffisamment caractéristiques pour continuer encore aujourd’hui à qualifier les rares groupes qui pratiquent ce type de fusion.
Groupes : Caravan, Gong, Hatfield and the North, National Health, Soft Machine, Egg…
Web : http://calyx.club.fr/index.html


Le Jazz-Rock/La Fusion
Apparu au début des années soixante-dix, c’est une autre fusion entre jazz et rock, mais américaine et initiée par Miles Davis. C’est, de fait, l’élément jazz qui domine, mais un jazz électrifié, instrumental et qui fait la part belle à la virtuosité. Ce style peut intégrer des éléments typiquement progressifs comme la musique ethnique.
La fusion quant à elle, associe jazz et funk.
Groupes : Return to Forever, Area, Mahavishnu Orchestra, Weather Report …

Krautrock
Terme voulant dire “rock choucroute” et inventé par la presse anglo-saxonne pour qualifier — de façon assez réductrice — l’explosion du genre progressif en Allemagne au début des années soixante-dix. Le problème c’est que ce courant majeur comporte un nombre trop important de formes pour être facilement définissable du point de vue du style : ethnique, progressif, musiques synthétiques, musiques électroniques, post-rock…
Si l’on devait trouver un dénominateur commun à tous ces groupes, ce serait celui d’avoir réalisé une synthèse de l’expérience psychédélique anglaise des années soixante sous un angle volontairement plus “primitif”, lancinant et progressif au sens très littéral du terme.
Groupes : Agitation Free, Can, Amon Düül, Faust, Klaus Schulze…
web : http://neospheres.free.fr/kraut/diskraut.htm

Néo-Progressif
Après l’apparition du punk, et pendant près de 10 ans, le mouvement progressif est devenu quasiment underground. Au milieu des années quatre-vingt, à la suite de groupes comme Marillion, le néo a repris l’héritage progressif des seventies, mais avec une volonté simplificatrice du discours musical, rapprochant parfois ce style d’une sorte de pop/rock sophistiquée et addicte aux claviers numériques. Pas vraiment art rock, pas totalement progressif, le néo-progressif a accouché d’un nombre vertigineux de productions rarement singulières…
Groupes : Marillion, IQ, Pendragon, Pallas…

Le Métal Progressif
Les amateurs de ce genre font trop souvent remonter l’origine du métal progressif à des groupes comme Queensrych, Fates Warning et surtout Dream Theater. Si les médias ont créé cette étiquette musicale à la fin des années quatre-vingt pour définir ces groupes à succès, ces derniers ne sont pas pour autant les précurseurs de la fusion entre métal (guitares saturées, riffs lourds, chant caractéristique haut perché) et ingrédients progressifs. Dans les années soixante-dix, des groupes comme Yes (“Relayer”) ou King Crimson(“Red”) ont déjà abordé et sublimé cette approche complexe et incandescente ; on peut même retrouver des éléments métalliques et progressifs au tout début de ces années-là, dans la musique de formations connues comme Deep Purple ou bien moins connues comme Gnidrolog et dont le premier album, “In Spite Of Harry's Toe-Nail” de 1972, fut précurseur à plus d’un titre.
Groupes : Dream Theater, Queensrych, Tool, Voivod …

Le Post-Rock
“Musique qui se sert de l’instrumentation rock pour faire une sorte de non-rock en faisant jouer les guitares pour créer des timbres et des textures plutôt que des riffs et des solos” Simon Reynolds.
On s'accorde souvent pour faire remonter l’origine du post-rock au krautrock allemand comme Mythos ou de Can. Un groupe actuel comme Godspeed You! Black Emperor peut être vu comme la quintessence du genre.
Groupes : Tortoise, Godspeed You! Black Emperor, Mogwai, Archive…

Le Prog Folk/Prog Ethnique/Prog Médiéval
Ici, l’élément stylistique commun c’est la source d’inspiration qui provient essentiellement des musiques traditionnelles et/ou ethniques. Dans la mesure où l’esprit novateur du mouvement progressif a pratiqué une fusion entre genres jamais encore rapprochés, il n’y avait aucune raison que des groupes progressifs n’utilisent pas le patrimoine folklorique. Mais les différences entre les genres folk, ethnique ou médiéval sont suffisamment nombreuses pour être clairement différenciées.
Groupes : Comus, Third Ear band, Jethro Tull, Gryphon, Malicorne, Ripaille…

Proto-Prog
L’album “In the court of the Crimson King” de King Crimson sorti en 1969 étant généralement admis comme point de départ du mouvement progressif, on définit comme proto-prog les formations antérieures à cette date et qui possédaient des éléments progressifs mais dans un style encore trop hétérogène.
Groupes : The Beatles, Moody Blues, Touch…

RIO/Post-RIO/Avant-Prog
Tous ces styles ont pour point commun de proposer depuis plus de 30 ans l’approche la plus complexe et la plus avant-gardiste du mouvement progressif.

Le RIO, ou Rock-In-Opposition, est né de la volonté d’un certain nombre de groupes européens (Stormy Six, Samla Mammas Manna, Univers Zéro, Etron Fou Leloublan), sous l’impulsion d’Henry Cow, d’assembler leur énergie pour faire connaître leur approche radicale. Cette musique se caractérise donc par une très grande complexité d’écriture et une recherche avant-gardiste proche de la musique classique contemporaine, du jazz le plus moderne ou des musiques urbaines.
Ce mouvement est théoriquement mort depuis le début des années quatre-vingt.
Groupes : Henry Cow, Art Bears, Univers Zero, Samla Mammas Manna, Stormy Six…

Le post-RIO fait renaître l’esprit du RIO à partir du milieu des années quatre-vingts mais dans le contexte américain et en le liant au destin du collectif des totémistes.
Groupes : U Totem, Thinking Plague, Ahvak, 5uu's…

La bannière avant-prog a un sens plus vague et ouvert. Généralement on y place tous les groupes post-RIO qui affichent dans leur musique une double attitude de recherche et d’intransigeance artistique héritée du mouvement RIO.
Groupes : Miriodor, Kayo Dot, Mr Bungle, Sleepytime Gorilla Museum, Birdsongs of the Mesozoic…

Le Prog. Symphonique
C’est le rock progressif type, celui qui a connu a ce jour le plus gros succès.
Qualitativement circonscrit dans le temps, entre 1969 (le premier King Crimson) et 1977 (chute artistique vertigineuse, auto parodie et arrivée du punk), le style symphonique symbolise assez bien les ambitions du progressif en général : volonté de dépasser les limites de la musique pop — “au risque d'être impopulaires” — par la composition de longs développements d’une grande richesse instrumentale et par l’utilisation intensive des claviers.
Ce genre, s’il a connu en Suède par exemple quelques rares réussites post soixante-dix (Änglagård), génère aujourd’hui un nombre important de groupes aux ambitions ambiguës qui les éloignent assez considérablement des grands pionniers (Yes, Genesis, Gentle Giant, King Crimson).
Groupes : Gentle Giant, King Crimson, Yes, Genesis, Änglagård…

Zeuhl
Issue également du début des années soixante-dix, cette musique découle exclusivement du style inventé par le batteur Christian Vander au sein de son propre groupe : Magma.
Proche du jazz et d’inspiration spirituelle païenne, le zeuhl génère une musique particulière, sombre, exaltée, à la rythmique hypnotique et à la capacité de suggestion fascinante qui en font un spectacle scénique très prisé.
Ce mouvement et son mentor existent toujours et génèrent régulièrement des groupes aux quatre coins du monde (Japon, USA, Suède…).
Groupes : Magma, Eskaton, Koenjihyakkei, Bondage Fruit, Abus Dangereux…

21 novembre 2006

Duncan Browne - "Give Me Take You" (1968/Angleterre)

LA VOIE DES ANGES

medium_23502.jpgCapable de réveiller nos sens engourdis par la vulgarité humaine, trop humaine, Duncan Browne, à l’instar d’un Nick Drake, était un artiste rare avec lequel le destin fut sans pitié, comme si les dieux étaient jaloux qu’un homme ait pu révéler de telles merveilles. Composé pour les anges, « Give Me Take You » est un chef-d’œuvre aux chœurs célestes qui ne s’adressait donc pas à nous. D’ailleurs, en 68, personne ou si peu, n'a été capable d’entendre cette échappée vers le Paradis. Cet album, c’est de la chair séraphique et radieuse, une œuvre qui traverse le temps et qui bouscule les dimensions. Ses fans se sont toujours gardés de jeter cette perle aux cochons. J’avoue que parfois il y a de quoi hésiter…

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Les + : LA PERFECTION DES ARRANGEMENTS, LA VOIX
Les - :
Styles : FOLK
Groupes approchants : NICK DRAKE, LOVE, BEATLES

16 novembre 2006

Yan Hazera, le téméraire…

medium_sotosband.jpgLe destin donne parfois de ces occasions dont on se serait bien passé. Yan Hazera, le téméraire et émérite guitariste de Sotos et Zaar, est mort. Trop jeune, on s’en doute.
À cette funeste occasion donc, j’ai pu écouter le tout premier album de Sotos dans lequel il jouait avec son frère, Michaël. medium_cover_5058205112003.3.jpgJ’en ai été encore plus affecté. Le talent ça ne se commande pas. Quand il est là, il faut avoir la chance de trouver le conduit capable de l’écouler. Sotos justement en était un, devenue voie royale quand nos deux frères monteront Zaar, six en plus tard. medium_cover_284816282006.jpgCe qui frappe chez Sotos c’est avant tout son sens de la narration qui vous aspire pour ne plus vous lâcher en dépit de la longueur des plages. Et c’est en CinémaScope que défilent les récits épiques, mais en version cinéma d’auteurs, c’est-à-dire sans concessions artistiques. Plus besoin de lire Jean Bottéro pour se plonger au cœur de la Mésopotamie, plus besoin d’images pour vivre des histoires grotesques ou visiter le XXVIII ième Parallèle, tout est dans la musique de Sotos.

Salut Yan et merci.

15 octobre 2006

Enhuma - "La Tête dans la Chèvre" (France/2006)

FRAGGLE ROCK

medium_3827_8878.jpgAprès leur démo de 2004 qui avait largement de quoi convaincre du talent de nos brestois, on attendait avec impatience le passage en studio du groupe. Et le moins que l’on puisse dire c’est qu’ils n’ont pas laissé passer leur chance : avec La tête dans la chèvre, Enhuma nous offre une petite bombe à fragmentation musicale dont chaque écoute nous laisse de plus en plus dépendant.
Chez Enhuma on sent une véritable passion musicale pour tous les derniers dieux de l’underground américain. Si à travers leur boulimie de sensations fortes et variées, on reconnaît l’influence majeure de Mike Patton qui a marqué, on s’en rend compte aujourd’hui, toute une génération d’éclectiques furibards, d’autres références apparaissent désormais plus clairement et dont Kayo Dot n’est pas la moindre (le final de «The Last Cartoon» par exemple). Bref, Enhuma a de l’ambition, du goût et du brio.
D’une maîtrise instrumentale irréprochable et servi par une production au son clair et sans artifices, Enhuma nous offre donc un authentique festin de roi. Et c’est l’extraordinaire habileté du groupe que de pouvoir intégrer dans son chaudron des références aussi prestigieuses sans jamais manquer pour autant de style et de cohésion. L’humour, la variété et une petite touche d’onirisme capable d’accrocher les néophytes du genre, font de cet album un formidable abrégé, original et haut en couleurs, des tendances rock/metal les plus créatives du moment. Certainement un des albums de l'année.

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Les + : LA PRODUCTION, LES COMPOS, LA MAÏTRISE GLOBALE, L'HUMOUR
Les - : QUELQUES INFLUENCES ENCORE TROP VISIBLES
Styles : FRAGGLE ROCK, METAL PROGRESSIF, JAZZ, ROCK EXPERIMENTAL…
Groupes approchants
: KAYO DOT, MR BUNGLE, PRIMUS, THE POLICE…

05 octobre 2006

White Willow - "Signal to Noise" (Norvège/2006)

SIGNAL FOR NOTHING
medium_B000GBEWFC.01._AA240_SCLZZZ.jpgÇa se brouille dans la tête de White Willow. Un coup ils nous sortent la grande classe progressive («Storm Season», sorti en 2004), le truc qui laisse des vibrations longtemps après qu’on l’ai écouté, qui sent bon la musique intemporelle en nous emportant illico dans un joli monde mélancolique, plein de choses vivantes et rares.
Puis, comme pour s’excuser d’avoir fait trop bien et d’avoir dépassé les limites de l’auditeur moyen, voilà qu’ils nous balancent «Signal to Noise» un vrai faux album de prog, lisse et convenu, dépouillé de toute magie.
Allez les gars, vous l’aurez votre disque en chocolat pour avoir vendu je ne sais combien d’albums. Si vous êtes heureux comme ça, moi je n’y vois pas d’inconvénient. Seulement, ce disque, tout le monde l'aura oublié l’année prochaine, j'en ai bien peur.
Je le saurais maintenant : White Willow et capable du meilleur comme du pire. Ça m’évitera la prochaine fois d’acheter leur album les yeux fermés.

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Les + : LA PRODUCTION
Les - : LES COMPOS, TROP LISSES; LE MANQUE DE MAGIE
Styles : SYMPHONIQUE, NÉO
Groupes approchants : THE GATHERING, mais de loin…

03 octobre 2006

Samla Mammas Manna - "Snorungarnas Symfoni" (Suède/1976)

SAMLA MAGIE
medium_21739.jpgAvec cet album, loin des nuées suédoises habituelles, Samla Mammas Manna a préféré jouer avec les émotions positives. Pour donner un peu de corps à leur patchwork facétieux et souvent naïf, le groupe s’est servi, avec un indéniable talent pour les arrangements, d’une profusion d’instruments et de thèmes. On peut penser aux Canadiens de Maneige, à Happy The Man, à Mike Oldfield, mais surtout l’on devine derrière la bonne humeur générale l’esprit et l'humour décalé de FranK Zappa.
Seulement, exclusivement composé par Gregory Allan Fitzpatrick, ami américain du groupe, Samla Mammas Manna a certainement commis une erreur en s’éloignant trop de l’esprit de leurs premiers albums, faisant de « Snmedium_samlagroup.jpgorungarnas Symfoni » un objet à part, peu représentatif et toujours inférieur à ses deux précédents et géniaux aînés. Trop sagement contenue dans les limites qu’elle s’est fixé, on regrette du coup que cette musique n’aille pas plus loin, laissant au final une impression bien trop superficielle. Pourtant, c’est beau quand la musique vous échappe ! Au final, c’est donc un album agréable, mais sans génie.

Les + : LA BONNE HUMEUR, LES MUSICIENS
Les - : SUPERFICIEL, UN MANQUE DE FOLIE
Styles : SYMPHONIQUE, JAZZ, FOLK
Groupes approchants : OLDFIELD, HAPPY THE MAN, MANEIGE, ZAPP

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29 août 2006

Polyphony - "Without Introduction" (USA/1971)

… OU LE FILS PUTATIF DE "RELAYER"medium_s217894.jpg
À propos de ce disque, on parle beaucoup des influences de King Crimson ou de The Nice, mais pour moi c’est plus certainement le petit frère putatif de « Relayer » : même fougue, mêmes visions hallucinées et mêmes labyrinthes sonores prêts à vous étourdir à chaque détour. Mais alors que le chef-d'œuvre yessien est apparu à la fin de la période de maturité du mouvement progressif, Polyphony lui sort à peine des années psychédéliques, ce qui donne à cette œuvre un aspect moins dégrossi, plus brut et anguleux qu’appuie une production aride, presque live. Cet album a donc des allures de rejeton un peu honteux, pour ses mauvaises manières, mais également maudit, pour le manque d’intérêt qu’il a suscité étant peut-être trop proche, ou trop éloigné, de ses propres modèles. Dommage, car Polyphony proposait une synthèse intéressante entre l’énergie de la transe typiquement sixties et les complexitées raffinées du progressif symphonique.
« Without Introduction » n’est pas exempt de défauts : les plages les plus courtes sont relativement anecdotiques, alors que « Juggernaut » et les trois mouvements de « Ariel’s Flight », faisant près de 15 minutes chacune, sont de petites merveilles déjantées et acides ; enfin, le batteur, sans faire un travail déshonorant, manque peut-être d’un peu de vigueur créative, laissant ses camarades s’en donner à cœur joie sans lui…
Mais à l’occasion de sa réédition par le formidable label Radioactive, Il faut absolument réhabiliter cette musique aux saveurs fortes, parfois même teintées d’humour, capable de séduire les amateurs du Yes de 74 ou les déçus des divagations sophistiquées de « Tales From Topographic Oceans ».

Les + : L’ÉNERGIE, DES MOMENTS FORTS DE PUR PSYCHÉDÉLISME
Les - : DES PLAGES ANNECDOTIQUES.
Styles : SYMPHONIQUE, PSYCHÉDÉLIQUE…
Groupes approchants : YES, KING CRIMSON, VAN DER GRAAF GENERATOR

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14 juin 2006

Fuchsia - "Fuchsia" (Angleterre/1971)

UNE BELLE COULEUR
medium_190524.jpgJe ne sais pas s’il reste beaucoup d’albums oubliés de ce calibre, possèdant cette verve et cette manière directe de nous faire le grand jeu de la pop musique, mais l’insuccès de Fuchsia est une des pires injustices que je connaisse : ils avaient tout pour eux et tout pour nous !
Possédé par l’énergie typique du rock psychédélique qu’ils ont associé de manière étonnante et naturelle à un symphonisme élégant, avec chœur et cordes lancées au galop, ce groupe hors norme est vraiment jubilatoire. Malgré les dimensions souvent orchestrales des chansons, Fuchsia évitent de tomber dans l’élégance souvent fadasse des compos qui s’essayent à ce mélange ambitieux mais que peu ont su rendre si fort. Car, par-delà les violons, c’est un vrai groupe qui joue, vigoureux et habité.
Les guitares ont de troublantes vibrations qui peuvent faire échos au toucher unique d’un Syd Barrett ; la basse ronfle, roule, allègre et singulière, toujours délectable. Quand à la voix, un peu anachronique, presque surannée en ce début des années soixante-dix, elle passe de l'épique à l’intimiste avec la conviction de ceux qui n’ont pas besoin de sur-jouer pour décrocher la lune.
Probablement sortie après la bataille, Fuchsia avait pourtant de quoi affriander les plus sceptiques car cette demoiselle possède le chien mais aussi le caractère nécessaire pour être une des plus séduisante de ces années-là, à côté des grandes dames que sont Spring et Cressida ; c’est dire… .
Commencez par écouter “The Nothing Song” et vous verrez combien les miracles ont toujours quelque chose de réel.
Fuchsia a touché l’idéal du doigt en faisant de sa chaire le produit d’une distillation maison capable d’assimiler parfaitement la puissance capiteuse du rock et le parfum envoûtant de la pop.
On ne peut espérer qu’une chose, c’est qu’un jour le Fuchsia devienne enfin une couleur à la mode !

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12 juin 2006

Lard Free "Gilbert Artman's Lard Free" - (France/1973)

RÊVERIES NOIRES
medium_108980.jpgUn régal. Cet album est sorti de l’imagination folle de Gilbert Hartman, un type un peu fou, capable de verser de grandes rasades d’acide dans son rock expérimental proche de l’univers Kraut Rock allemand et de Richard Pinhas, et qui d’ailleurs ne se le fera pas dire deux fois quand viendra son tour de jouer les concasseurs de musiques électroniques au sein d’Heldon !
Vous l’avez compris, Lard Free s’adresse avant tout aux chercheurs de tous poils qui préfèrent l’ombre des laboratoires plutôt que les lumières artificielles du show-biz. Composé d’un jazz toxique et de rythmes simples, presque monolithiques, la formule prend les couleurs typiques du rock allemand de ces années-là, hérétique et postmoderne, en nous expédiant d’une ambiance raffinée et rêveuse, balancée par le souffle lent du superbe saxe de Philippe Bolliet (“Livarot respiration”), à des visions obsédées et franchement glauques (“12 ou 13 juillet que je sais d’elle”). Les rêveries noires de l’univers cinématographique d’un John Carpenter ne sont pas loin…
Curieusement, on prend tout de même beaucoup de plaisir à écouter ces fantaisies vénéneuses, on reste attentif et curieux, voir fasciné, devant ces chemins de traverses. Il ne manque peut-être qu’un tout petit supplément de tripes pour faire de ce “Gilbert Artman's Lard Free” une œuvre totalement accomplie.
Mais il parait que le second album, “I'm Around About Midnight”, et encore meilleur. Ça promet…

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19 mai 2006

Contraction - "La Bourse Ou La Vie" (Canada/1974)

Dans les seventies, les musiciens Canadiens étaient souvent excellents même si contrairement aux Italiens et aux Anglais à cette même époque, ils ont parfois ce vilain défaut pour mes oreilles de manquer de courage artistique pour affronter les périls de l’originalité, ils possèdent presque toujours une sorte d’élégance et de nonchalance jazzy vraiment attachantes.
Cet album ne me contredira pas. C’est même un manifeste dans le genre. La chanteuse Christiane Robichaud y est royale ; le guitariste, Marcel Beauchamps, y révèle un talent enviable ; et la rythmique, entre percussion et drums, sait tresser des arabesques au swing vraiment réjouissant.
Alors, pour qu’elle raison ce disque ne peut, selon moi, entrer dans le panthéon des indispensables ?
C’est qu’il possède un défaut majeur : la pièce éponyme, de près de 20 minutes, déséquilibre l’ensemble, et cela pour deux raisons.
La première, c’est que stylistiquement tous les musiciens y font preuve d’un investissement artistique beaucoup plus important que sur toutes les autres plages.
La seconde, c’est que c’est un formidable moment de progressif, dans l’esprit des meilleures pièces de Renaissance et de Curved Air, où l’on ne voit pas passer les minutes, de telle sorte qu’après le final, tout en belles percussions, on n’a absolument pas l’impression d’avoir écouté une pièce de cette longueur. Un excellent signe de qualité. Mais si la version de la “Claire Fontaine” peut convaincre encore, le reste de l’album est beaucoup trop convenu et largement en dessous du titre phare.
La pièce “La Bourse Ou La Vie” instaure donc une dissymétrie artistique et temporelle gênante, et l’on regrette vraiment les concessions faites ailleurs, certainement pour servir la voix de Robichaud qui, si elle est exceptionnelle, donne quand même un côté lisse et trop impersonnelle à l’album.
Entre l’album solo d’une excellente chanteuse et un véritable groupe progressif, Contraction n’a pas su choisir, et c’est un peu gênant.

Mythos - "Mythos" (Allemagne/1971)

MANUEL DE KRAUTROCK
Formé par Stephan Kaske, un jeune et talentueux multi-instrumentiste allemand d’à peine 18 ans capable de jouer comme les meilleurs aussi bien de la guitare, de la flûte que des claviers, cet album est un sacré morceau de progressif !
Pour aborder le Krautrock, genre progressif allemand né au début des années soixante-dix et qui renferme une nébuleuse importante de groupes et de styles, il faut savoir changer son point de vue, décaler ses repères habituels et faire preuve d’une certaine ouverture d’esprit musicale. Néanmoins, pour vous, Mythos pourrait être l’initiateur idéal capable de vous ouvrir grande les portes de cette formidable constellation dont l’influence se retrouve de manière évidante dans le mouvement récent que l’on qualifie de “post-rock”.
C’est que ce premier album de Mythos possède un étonnant panel stylistique typique du Krautrock. On passe d’un arrangement d’Handel, très réussi, mais aux dimensions anecdotiques, à une composition ethnique mélangée d’effets spacerock, pour finir sur deux pièces d’anthologie de pur psychédélisme et dont on imagine qu’un paquet de groupes ont su s’inspirer… Avec “Hero's Death” ce power trio, tous instrumentistes exceptionnels, délivre sur une composition remarquable, vraiment atypique, particulièrement psyché tout en sachant rester limpide. Quant à la dernière composition “Encyclopedia Terra”, un raccourci saisissant de la vie et la mort de notre planète, elle a toutes les qualités pour rentrer au panthéon des meilleurs œuvres du progressif allemand.
Le seul reproche que je puisse faire à ce disque, c’est peut-être justement cette trop grande diversité de styles. Si cette diversité possède des vertus pédagogiques pour nous aider à pénétrer le monde un peu fou du progressif allemand de ces années-là, elle diminue quand même l’impact global du disque. De ce point de vue, un disque comme “Malesh” d’Agitation Free, possède un magnétisme plus important. Un très grand disque tout de même.
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10 mai 2006

Chroniques par ordre alphabétique.

A
Ahvak - "Ahvak"
Änglagård - "Hybris"

B
Beggar’s Opera - "Acte One" & "Waters of Change"
Biocide - "Le syndrome de Meurfy"
Bodin, Tomas - "IAM"

C
C.O.B. - "Moyshe McStiff and the Tartan Lancers of the Sacred Heart"
Cervello - "Melos"
Chastain, David T. : un des maîtres du metal

D
Dolorosa - “Dolorosa”

E
England - "Garden Shed"
Enhuma - démo
Eskaton - "4 Visions"

F
Finnegans Wake - "4th" (2004/Belgique)
Fredrik Thordendal's Special D - "Sol Niger Within, Version 3.33"
Frogg Café - "Fortunate Observer of Time"

G
Glass Hammer - "The Inconsolable Secret"

H
Happy Family - "Tossco"

K
Kayo Dot - "Choirs Of The Eye"
Kayo Dot - "Dowsing Anemone with Copper Tongue"

L
Liquid Scarlet - "II"

M
Mars Volta, The - "Frances The Mute"
Miriodor - "Jongleries Élastiques"
Monkey3 - "Monkey3"

N
Nimby - "Songs for Adults"

O
Oceansize - "Effloresce"

P
Polyphony - "Without Introduction"
Picchio Dal Pozzo - "Picchio Dal Pozzo"

S
Samala Mamas Manna  - "Snorungarnas Symfoni"
Sleepytime Gorilla Museum
- "Of Natural History"
Spock’s Beard - "Octane"

T
Time of Orchids - "Sarcast While"

V
Van Der Graaf Generator - "Present"

W
White Willow - "Storm Season"

Z
Zaar - "Zaar"

03 mai 2006

C.O.B. - "Moyshe McStiff and the Tartan Lancers of the Sacred Heart" (1972/Angleterre)

LES PORTES DU PARADIS

Au même titre que le premier Comus ou les sublimes créations du Third Ear Band, cet album est un oublié de la légende psyché/folk progressive.
Pourtant, c’est une fameuse leçon de musique. Une guitare, quelques trucs pour faire tam-tam, une voix intense et chaude, et c’est tout. Ces Anglais, possédés par la grâce, ont si bien œuvré, que ces onze plages sont absolument toutes d’une stupéfiante beauté. Traversées de milles sentiments aux éclats nostalgiques, les mélodies, pourtant simples, ne sont jamais faciles, et possèdent même un côté fantasque et vibrant qui dégagent un parfum assez inoubliable.
C’est peu dire que “Moyshe McStiff…”, à la ferveur spirituelle rare, vous emportera illico dans les cieux (“Martha & Mary”) avec des riens mais qui font tout : trois notes de flûte par ci, un accord par là, ou bien encore une courte pulsation exotique (“Heart Dancer”) suffisent pour entamer le grand voyage.
Délesté de tout superflu, cet album nous donne donc une leçon sur ce que peut-être, en musique, l’essentiel : des moyens simples et une envie profonde d’atteindre et de faire partager l’insondable, celui que le temps et sa course implacable ne peuvent affecter. Le plus fort, c’est que C.O.B. le fait d’une manière originale, avec sa propre voix, loin des folies névrotiques d’un Comus ou de l’intensité oppressante du Third Ear Band, loin des clichés sirupeux d’un folk affecté. Et nous de nous réjouir une fois de plus, comme le philosophe, de cette belle vérité : "sans la diversité, point de beauté ! “.
Un disque majeur, de ceux que l’on emporterait bien au paradis. Seul problème, il va falloir le mériter… (RadioActive)
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28 avril 2006

Nimby - "Songs for Adults" (2005/USA)

POP CORN ADULTE
Dans la joie et la bonne humeur. C’est ça Nimby.
D’abord, parce qu’on est heureux de retrouver tous ces cadors américains des musiques tordues et influentes à force de talent (Thinking Plague, Hail, The 5UUs et Giant Ant Farm). Ensuite parce que ce disque est un pur bonheur de fraîcheur, d’enthousiasme et de savoir-faire. Ne vous trompez pas, nos lascars du RIO n’ont pas viré leur cuti. S’ils font de la pop, alors que pendant plus de 20 ans ils ont fait preuve d’une allégeance obstinée à l’avant-gardisme, ce n’est pas pour nous draguer avec des atours populistes et vulgaires à force rationalisations marketing. Non, car au milieu de cette matière blanche, frétillante et souvent volontairement décalée, continue à prendre forme les idées créatives et typiques de ceux qui détestent servir les plats réchauffés. Ils font de la bonne musique quoi…
Le seul reproche que l’on pourrait faire à ce joyeux ensemble, c’est d’avoir eu recours à un éclectisme un peu trop désordonné. Mais on attend tellement d’une telle réunion que l’on devient facilement injuste, car je connais peu de "pop corn" de ce niveau de qualité, alliant spontanéité et créativité avec autant d’évidence et de plaisir.
D’ailleurs, si vous avez de la peine à me croire, écoutez le final en forme de canon pop pachebélien ("Not In My Backyard"), vous aurez la preuve que nos papys savent faire de la résistance avec humour. À l’heure où tant de faux rebelles polluent les médias, moi j’applaudis des deux mains. J’espère que vous en ferez de même (ReR USA).
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